deadly disease
il leur avait suffit d'attendre le bon moment, le bon jour. il leur avait suffit d'être patients, le doigt prêt à presser l'interrupteur — il leur avait suffit de compter jusqu'à trois et elles étaient sorties l'instant d'après, avaient avalé un nombre horrifiant de vies. s'étaient emparées des familles et les avaient déchirées d'un coup de croc, avaient disloqué des liens et brisé des coeurs en l'espace de quelques secondes. il leur avait suffit d'un souffle pour faire exploser la capitale, bombes enterrées des années — des siècles ? — plus tôt sous le sol de nausicaa.
il leur avait suffit d'un battement de cil, mais ça ne lui avait pas suffit.
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゛dont ask me // babylone


dans les silences de tes absences, elle s’infiltre. elle glisse entre les eaux de tes présences, pour mieux se saisir de tes départs et s’insinuer dans les creux de ton quotidien. baby, babylone elle te connait et tu sais même pas qu’elle existe. elle fait rouler le double de tes clés entre ses doigts graciles, l’air satisfait. silence dans ton antre, à peine brisé par les pas de l’intruse. elle s’avance et son regard glisse sur les murs, les traces de ton existence, les preuves qui font que tu es, contrairement à elle qui s’est effacée voilà bien des années.


intruse.


une liste de course aimantée au frigo, et deux ou trois autocollants qui aux yeux de beaucoup n’auraient aucune importance - mais pas aux siens. elle tire la porte, attrape une bouteille de jus d’orange à laquelle elle boit directement au goulot. quelques gorgées à peine, pas de quoi t’inquiéter, et la bouteille est reposée à l’exacte même place que celle d’où elle était tirée. créature invisible, éternellement vouée à n’être que de passage et à ne jamais laisser de trace. c’est sur des personnes comme toi qu’elle compte, pour subsister, ceux qu’elle estime propre à se laisser habiter par ce qu’ils ne voient pas, du moment qu’ils ne l’apprennent pas.


intruse.


chaque détail est susceptible de l’informer, de l’alerter ou de la conforter dans sa traque aux logements éphémères dans lesquels elle s’établit. et c’est terriblement amusant, comme tout à l’air de concorder, chez toi, baby. c’est sans inquiétude qu’elle déambule dans les pièces qui ne lui appartiennent pas, se permettant même de prendre son temps. fredonnant quelques airs d’antan, peut-être de ceux que lui chantait autrefois sa maman, elle arpente, elle flâne de pièces en pièces. c’est pas mal chez toi, tu sais.


intruse.


paquet de gâteaux à la main, elle s’affale sur le canapé, savoure cet instant si rare et si précieux, qui lui rappelle le bonheur qu’on gagne à vivre en dehors des contraintes de votre réalité. d’un geste vers la télécommande, elle active la télévision, se défait de ses chaussures et se recroqueville sur elle-même, les genoux serré contre sa poitrine - position enfantine d’une gamine qui n’a jamais vraiment su grandir. (oui, c’est vraiment plaisant, chez toi, baby, ce serait parfait si seulement tu pensais à acheter des donuts la prochaine fois.)


intruse.


il est des imprudences à ne pas commettre quand on vit ainsi, quand on est quelqu’un qui ne devrait ni être là, ni même exister, pas vrai ? ne pas se laisser aller, ne jamais rester trop longtemps. ce sont des règles simples, que sól connaît depuis longtemps, et qu’elle respecte toujours scrupuleusement. toujours, ou presque. le cliquetis de tes clés dans la serrure aurait pourtant dû l’alerter, si seulement elle avait veillé à baisser le son de la tv. ce n’est que quand elle entend tes pas, qu’elle comprend - mais il est déjà trop tard. oh baby, qu’est-ce que tu fais là, c’est pas l’heure, c’est pas le moment, c’est une mauvaise blague, hein, t’es en avance là.


intruse.


et c’est à peine si elle a le temps de couper le sifflet à la journaliste en train de s’égosiller derrière l’écran et de se figer en position fœtale au pied du canapé, envisageant déjà toute sortes de possibilités. et merde, baby, merde, merde !

don’t ask me
(html) osbwrn;

Mar 23 Aoû - 0:22
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08/08/2016
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Dernière édition par Sól le Lun 14 Nov - 21:51, édité 1 fois

Une fastueuse odeur de soleil et des scandales de liberté ; en cela Babylone aimait son quartier, et son calme, et son air frais ; et les sèves lentes qui l'enrobaient de silence quand les gens sortaient sous les brises. Ce sont les heures tranquilles et les champs de soupirs au-dessus des toits ; les heures triomphantes. Babylone n'aimait pas les foules, les trottoirs bousculés : il les regarde de loin, en balançant les jambes, en raillant vos multitudes. Rien dans les soirs, rien dans les nuits. Rien de vos palpitations confuses et de vos rachitiques pensées.

Babylone avait de douces-amères solitudes dans le ventre, délicates comme la soie, éternelles complices. Il faut être seul — ces instants-là vous guérissent tendrement.

Le pas lent, il fixe les lignes droites, les immeubles bien blancs, et des choses profondes comme des ombres qui tirent sous les édifices. Il y a des douleurs, là-dedans ; des douleurs indispensables. Des douleurs comme la vie. Intraitable forçat. Il faut s'en amouracher ; il faut lui faire des bouquets de pivoines.

Arpenter les mêmes lieux que la société, c'est l'étendue d'un monde intime. C'est le filigrane sous vos pas. Babylone ne le connaît pas et ne veut pas le connaître. Il sent votre sueur, vos éternels mois de loyer et vos préoccupations de travail ; pauvres humains, travailleurs. Surtout, ne soyez jamais responsable ; vous y crèverez trop vite. La vie est une douleur qui vaut plus que ça.

Les respirations tacites se sont perdues dans le bitume. Ah ! C'est toujours plus beau sans vous. Du bout de ses talons, Babylone fuit vos soupirs.

La maison où habitait Babylone avait de sourdes ambiances dans ses larges pièces. Elle était claire, basse et fraîche, et cachait d'inébranlables austérités tout le long de ses murs bien lisses. Des traces de passages en coup de vent, des froideurs d'abscences, des parfums perdus, quand tard dans la nuit il rentrait et se laissait tomber dans son lit où sourdaient les sommeils d'avant-hier.

Il sortit ses clés de sa poche en les faisant tourner autour du doigt. Babylone connaissait son chez-soi ; heureusement après tout, car il s'agissait tout de même de son chez-soi. Mais Babylone le connaissait de manière particulière. Il en connaissait l'absolu silence, l'éternel silence, celui qui vous échappe — oui, voilà ! se dit-il en refermant la porte derrière lui et en s'avançant dans le couloir. L'odeur de café au lait. L'ombre auguste tapissant le parquet lorsqu'on a le pas léger. Il n'y a pas de vos chaleurs ronflantes, de vos ennuyeuses discutions sur l'esclavagiste patrie. Il n'y avait jamais personne d'autre que lui-même. Il n'y avait jamais personne d'autre que lui-même. Jamais personne d'autre que lui-même. Il se retrouva nez à nez avec quelqu'un d'autre que lui-même.

Ah.

Jeune fille, l'œil vif et argentin, ses bras blancs autour de ses genoux, blottie au pied de son canapé. Il demeura un instant dans une drôle de position, à moitié penché sur elle, paupières mi-closes. Elle tenait sa télécommande à la main, déchaussée ; elle s'était étendue. Elle avait pris ses aises. Il eut un long souffle du fond de son poumon qui fit voler ses mèches rousses.

... Tiens, j'ai été visité, on dirait.

Le ton était doux — l'œil incroyablement froid. Il s'allégea avec une rapidité déconcertante, alors qu'un incontestable sourire voilait tous ses traits jusqu'au bout de ses cils papillonnant ; l'instant d'après, il éclatait de rire. Un rire d'une sincérité stupéfiante.

Hahaha, oui. Oui... C'est bien, chez moi, pas vrai ? Un peu austère, peut-être... Je ne viens pas beaucoup. Tu en as profité ? Viens t'asseoir, tu seras mieux. Il se tire une chaise et lui montre celle d'en face, et sa bouche agrumée s'emmêlait en un sourire étrange : large, calme, satiné, tout sauf amène. Babylone avait toujours le même.

Il n'y avait pas la plus petite prévenance au bout de sa voix enjouée, il n'y avait aucune gentillesse étouffante sous ses mots aux consonnes amollies ; il n'y avait qu'une douceur qui n'en finit pas et qui aurait fait chavirer la lune.
(html) osbwrn;

Mar 23 Aoû - 23:47
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15/08/2016
26 ans
intangibilité
hybris

« ah. » un frisson vient parcourir l’échine de la jeune fille - paralysée, dans son crâne s’emmêlent toutes ses pensées. la main plaquée contre sa botte, dans laquelle loge son vulgaire canif, elle hésite, le coeur battant à tout rompre : jamais elle ne s’était retrouvée dans une situation aussi misérable, digne d’une lamentable débutante. acculée, comme un animal en fuite qu’on coincerait au fond d’un cul de sac - aveuglé par les lampes torches qu’on lui collerait en pleine face. trop tard pour fuir, trop faible pour attaquer. « … tiens, j’ai été visité on dirait. »


ta silhouette aux mèches rousses semble s’éterniser au dessus de son corps prostré dans une attitude d’enfant fautive, craignant les réprimandes à venir. elle croise ton regard, et les dernières traces de courage qui l’habitaient s’effritent. c’est quoi ce sourire, baby ? elle déglutit péniblement, et peint une lueur de défi dans ses yeux, l’air de dire (j’aime pas qu’on se moque de moi). mais ton rire la fait tressaillir ; jamais elle n’aurait imaginé te voir ainsi réagir. doucement, elle se redresse, déroule sa colonne vertébrale et déploie son corps frêle, faussement assurée. « hahaha, oui. oui… c’est bien, chez moi, pas vrai ? un peu austère, peut-être… je ne viens pas beaucoup. tu en as profité ? viens t’asseoir, tu seras mieux. » tout en douceur, tu souris et tu t’éloignes, tout en méfiance, elle t’observe et n’avance pas. ses yeux détaillent ton profil, dessinent ton contour - elle qui croyait te connaître, ne réalise qu’alors qu’elle aurait dû être infiniment plus prudent à ton sujet, tant tu lui apparaissais tout à coup imprévisible. et cette troublante douceur qui t’anime la plonge dans une certaine curiosité.


« austère… j’ai vu pire. » elle laisse échapper un léger rire narquois, se rappelant des quelques taudis dans lesquels elle avait pu tomber parfois et en comparaison desquels tes murs marqués d’absences peignaient un décor plutôt luxueux à ses yeux. de quelques pas, elle se glisse derrière la chaise que tu lui avais indiquée - comme si un dossier était susceptible de la protéger de tous les dangers. « mais tu devrais quand même être plus prudent, c’était trop facile… » glissant une main dans la poche de sa veste, elle en extirpe la petite clé qu’elle jauge quelques secondes d’un air mi-fier mi-désabusé avant de te l’envoyer d’un geste plein de regrets. « j’imagine que je n’en aurai plus l'utilité à l'avenir. »


amertume et désenchantement, un royaume qui s’effondre et tout un travail à recommencer. ce sont les taudis qui l’attendent d’ici là, mais elle refuse de laisser sa défaite se dessiner sur son visage, et elle conserve cet air éclatant, tentant de déchiffrer le tient, troublant. l’absence de peur ou ne serait-ce que d’étonnement sur ton visage la plonge dans un état de perplexité curieuse. elle tire la chaise et se laisse finalement choir sur celle-ci. « tu rentres un peu tôt, non, babylone ? » et malgré le ton qui se veut infaillible, son assurance se désagrège, l’incertitude s’installe et la ronge - dérangée par l'inattendue suavité de ton être face à de pareilles circonstances, perturbée par sa propre incapacité à se défendre décemment. et tandis que sa conscience lui hurle de fuir, elle ne peut s’y résoudre.


immobilisée, surtout, par l’inexplicable fébrilité à l’idée d’avoir été, pour la première fois, surprise dans son interminable jeu de cache-cache face à la vie. (trouvée)

don’t ask me
(html) osbwrn;