deadly disease
il leur avait suffit d'attendre le bon moment, le bon jour. il leur avait suffit d'être patients, le doigt prêt à presser l'interrupteur — il leur avait suffit de compter jusqu'à trois et elles étaient sorties l'instant d'après, avaient avalé un nombre horrifiant de vies. s'étaient emparées des familles et les avaient déchirées d'un coup de croc, avaient disloqué des liens et brisé des coeurs en l'espace de quelques secondes. il leur avait suffit d'un souffle pour faire exploser la capitale, bombes enterrées des années — des siècles ? — plus tôt sous le sol de nausicaa.
il leur avait suffit d'un battement de cil, mais ça ne lui avait pas suffit.
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laisse moi y croire ; ACHILLES


Les jours ne sont pas si différents. Ta vie ressemble à l'asphalte infini que tu parcours depuis des années. Tu continues de vivre et rien ne change : tout reste aussi gris, aussi froid, aussi triste que ton existence elle-même. Oh non, tu n'es pas triste et de toute manière tu ne saurais définir vraiment tes émotions. Tu n'es pas un dépressif, jamais, mais tu n'es pas non plus heureux. Comment un pauvre pouvait l'être ? Encore, si ta famille était là, peut-être que la pauvreté aurait été insignifiante. Peut-être aurais-tu trouvé une raison de vivre. Peut-être aurais-tu eu la force de trouver les moyens de réellement changer ta vie. Tu ne t'en donne même plus la peine. Tu ne vis plus, tu survis pour survivre. Parce que tu es incapable de te donner la mort : et tu ne la cherche pas vraiment, elle te terrifie plus que tout. Parfois, tu as l'impression de l'avoir déjà rencontré - en quelque sorte, c'est le cas. Aujourd'hui tu te poses la question. Tu te poses beaucoup de questions - pas comme si c'était la première fois. Mais là, tu te demandes vraiment à quoi tu sers dans ce monde - et pas comme si tu ne t'étais pas déjà posé la question. Tu te rends compte que tu es aussi vulnérable qu'un petit chaton au milieu de chiens errants. Tu penses que te battre, que faire des efforts, que donner de ta personne pouvait te récompenser. Parce que tu croyais aux miracles, à la paix, à la bonté et toutes ces conneries. Et ce qui est drôle c'est que tu y crois encore.
Pas beaucoup.

Ben parfois, tu t'adresses au ciel, aux dieux, à dieu, à l'ange gardien (qui t'observe en haussant les épaules peut-être) : tout ce qui est possible pour que tu te sentes moins seul et aidé. Pas cette fois, pas aujourd'hui, tu ne sais pas si tu l'as cherché ou pas mais tu te sens épuisé. Comme si on avait vidé le dernier pourcentage d'énergie qu'il te restait. Si on te voyait on ne te reconnaîtrait pas : tu as un visage plutôt rayonnant d'habitude et ta peine est si bien masquée qu'on pourrait presque penser que tu vis mieux qu'un milliardaire. Mais pas aujourd'hui, tu es épuisé. Ton corps frisonne sous cette douche glaciale qui te frappe goutte par goutte. Tes paupières sont fermées, pas que tu le veuille mais parce que tu y es forcé. Tu es juste lamentablement éclaté sur le bitume dans une rue où tu en as même oublié le nom. Ce n'est pas la première fois, les ennuies, tu les connaissais et tu les esquivais comme un lâche. Tu t'en sortais généralement bien. Mais cette fois-là, tu n'as pas compris peut-être car tu ne t'y attendais pas, tu l'avais pas prévu : c'est sorti de nul part. Tu cherches toutes les causes possibles mais tu ne sais pas, et le plus frustrant c'est que tu ne les connaissais pas eux non plus - ces deux lâches pas que tu as jugé pas trop humain. Tu n'as pas vraiment de pire ennemi. T'as jamais fait de crasses odieuses à personne - tu penses. Or, aujourd'hui, tu te sens maudis.

Tu n'arrives pas à bouger d'un seul doigt : pourtant tu tentes. Ouvrir les yeux est impossible : tu sens le sang dégouliner de ton arcade sourcilière. T'es étalé le ventre sur le trottoir, les doigts légèrement repliés, les pieds sur le bord de la route. Tu ne sens plus rien, tu ne te sens plus vivre : t'as vraiment l'impression de mourir. Heureusement tu te sens respirer : et ça te rassure. Mais même respirer demande un travail énorme pour tes pauvres poumons. Et la pluie claque, claque, claque. Elle s'accorde bien avec ton état pitoyable de pauvre victime. Pourtant tu l'apprécies. C'est peut-être la seule chose qui t'apaise même si tu es à deux doigts de faire une pneumonie. Les gouttes s'abattent sur chaque parcelle de ta peau et viennent se mélanger à ton sang pour disparaître sur le goudron. Tu as l'impression qu'elles te nettoient la peau, qu'elle te purifie de ton agresseur principal. Tu ne sais même pas à quoi ressemble ton visage - et au point où tu en es, tu t'en fous pas mal. T'as juste mal. Mal partout.

Et tu chiales.

Tu trouves au moins la force de pleurer même avec toutes ces douleurs qui te torturent. Tes larmes se transforment en sanglot. Tu pleures comme tu n'as jamais pleuré. Comme si tu venais de réaliser la réalité que tu reniais. Comme si le monde allait se fissurer en deux et que t'y tomberais dedans. Tu y es dedans. Tout défile dans ta tête : de ton enfance à ton adolescent au passage à l'âge adulte. Chaque petit souvenir passé avec ton père, dans les moindres détails futiles ou non, puis ta mère qui t'appelle sans cesse Martin Martin Martin. Des visages auxquelles tu ne saurais donné des noms au moment précis, des paroles, des mots, des voix, des objets. Puis tu changes littéralement de monde : un langage, une guerre, des femmes, des hommes, un homme. Et enfin, tu finis par le toi à ce jour. Tu pleures ton passé qui s'est mélangé à celui d'un autre. Tu pleures les deux. Et tu pleures ta situation actuelle Patroclus.

Croire n'est plus suffisant;
c'est fatiguant.

(html) osbwrn;

Sam 8 Oct - 0:19
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113
03/08/2016
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&
Il te semble, ce soir, que le déluge s'abat encore sur le monde, à moins que cela ne soit sur Teos et ses habitants seulement. Tu ne sais pas vraiment. Personne ne le sait vraiment. Ce qui se passe à l'extérieur de la ville, ce que deviennent les hommes en dehors. Et pourtant, il te semble, ce soir, que le déluge s'abat encore sur le monde, car le celui-ci ne se résume t-il plus qu'à Teos lui seul ? Elle est loin, l'époque dont tu te souviens si bien. Elle est loin d'années, si ce n'est de poussières. Elle s'éloigne un peu plus tous les jours, toujours. Et tu n'y peux rien. Le temps qui glisse entre tes doigts, qui s'échappe et toi – toi, l'homme impuissant, tu ne le rattrapes pas. À quoi bon ? Il a déjà laissé dans ton esprit des souvenirs inoubliables. Il a déjà marqué tes gestes et tes paroles par sa présence, son action. Alors, même s'il s'écoule, ce n'est pas si grave. Toi, tu restes. Tu t'occupes de toutes tes petites affaires, de toutes ces histoires. Celles qui ne sont pas les tiennes. Pourtant, tu t'en charges avec le sourire aux lèvres. Peut-être es-tu porté par l'espoir. Celui de le voir passer la porte. Celui qu'il t'apparaisse. Mais il ne s'agit pas d'une illumination, celui que tu recherches, mais bel et bien de ta douleur, ta plus grande perte.

où est-il
o ù   ç a

Tu ne sais pas. Dans cette vie, tu penses ne jamais l'avoir croisé. Tu l'aurais su, es-tu persuadé. Peut-être te mens-tu. Peut-être ne l'as-tu juste pas reconnu. S'il s’avérait que ce soit le cas, Achilles, tu ne te pardonnerais pas. Un autre, pourquoi pas, mais lui, ce serait impensable. Ne pas le reconnaître, ce serait inimaginable. Et pourtant. Pourtant, ton cœur doute tout autant que ton esprit. Cela fait trop longtemps que tu attends, que tu le cherches. Cela fait trop longtemps qu'il ne vient pas. Et tu as peur. Peur qu'une fois de plus, ce soit déjà trop tard. Peur que tu ne puisses plus jamais le revoir. Ressemble t-il à l'ancien lui ? Ô Styx, tu n'en sais rien ! Mais qu'importe ! qu'importe ! Tant qu'on te le rende, qu'on te guide jusqu'à lui. Que tu puisses enfin fermer les yeux en pensant à son nouveau visage, le sachant vivant.

Car tu le sais mort dans l'ancien temps.

Tu y penses si souvent que tu crois le faire sans cesse. Même le bruit de la pluie qui s'éclate contre les toits ne fait pas taire tes doutes. Et pourtant, elle est bien là, bruyante reine naturelle. Elle force l'homme à se plier à sa présence, à s'adapter face à elle ou bien de la subir. Tu t'y adaptes, toi, car elle n'a cessé depuis ce matin. Alors, c'est presque serein que tu sors sous elle, le parapluie déjà ouvert. Tu la sens quand même, cette humidité qui dévore tes chevilles, qui s'infiltrent entre les plis. Elle te fait avancer plus vite qu'à ton habitude, à croire qu'elle pourrait te faire du mal. À toi, non. À d'autres, oui. Parce que tu as marché, Achilles, alors tu sais. Tu as marché de longues minutes, de froides dizaines, et désormais, tu sais. Certains hommes subissent le temps tout comme ils subissent les autres. Ce corps-là, par exemple. Tu cours presque pour arriver à lui; il y a même le bruit des tes pas qui rencontrent l'eau accumulée sur le sol.

Et lorsque tu arrives à lui, tu t'accroupis pour vérifier qu'il est toujours en vie. Bordel que tu dis. Cela ne devrait pas être permis. Cela n'est pas permis. Et pourtant. Pourtant ça arrive encore. Et toi, tu ne peux pas laisser cela ainsi. Alors tu essaies de le bouger un peu, de l'éloigner de la dangereuse route. Tu n'oses pas trop le décaler, la peur d'aggraver ses blessures. Tu décides de te montrer rassurant, de dire quelque chose. Et petit, ça va ?  Petit, vraiment ? Cette question là, seulement ? Tu es peut-être le pire des hommes, en ce moment même. Et ce pauvre homme, tu le vois qui pleure. Forcément, Achilles, il n'allait pas en rire. Il y aurait eu bien d'autres, des gens qui auraient pleuré dans sa situation. Mais là, c'est lui. C'est cet homme probablement frigorifié par la pluie, mais qui semble aussi blessé – si ce n'est éclaté.

Et étrangement, cela te fait mal. Tu tentes de le protéger du mieux que tu peux avec ton parapluie, quitte à être toi aussi finalement trempé. Ce n'est pas grave, ça; il en a plus besoin que toi. Et tu lui parles encore, pour en savoir plus. Où est-ce que tu as mal ? C'est le genre de questions stupides que tu détestes, en fait. Et pourtant, tu les poses. Tu en auras sûrement besoin plus tard, lorsque tu appelleras quelqu'un de qualifié. Ce sont les questions de premiers secours, comme on le dit si bien. Alors, tu continues à lui demander des petites choses, espérant que tu ne lui demandes pas trop d'informations. Tu peux me dire ton nom ? Cela semble être une bonne idée, en effet. Et t'attends, maintenant. T'attends qu'il te réponde alors qu'il est peut-être en train de crever à tes pieds. Tu as beau essayé de voir s'il y a une blessure majeure, tu as plus l'impression que c'est le résultat d'une sorte de bagarre de rue. Tu l'espères, en tout cas. Tu n'aimerais pas te retrouver à le retourner et découvrir des entailles percées aux couteaux sur son corps.

Mais quelle journée, Achilles, quel enfer. Tu t'attends chaque jours à revivre le bonheur, et tu te retrouves avec ce genre de choses. Et toi, le plus fort des grecs, tu es un peu impuissant.

C'en est déroutant.
&
(html) osbwrn;

Lun 5 Déc - 0:08
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18/09/2016
vingt-huit ans
entropy
laisse moi y croire ; ACHILLES
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